PATRIMOINE

Des récits partagés pour un voyage dans la culture.

En ce bon mois de mai où la liberté se fête, nous vous emmenons à la découverte d’une pratique tombée dans l’oubli.

Rimèd razié ou la pharmacie des bois

Pour définir le terme on dira qu’il s’agit d’une herbe ou plante (ou plusieurs) à caractère médicinal, dont les parties ou la totalité, ont une action bénéfique ou non, sur la santé. En effet avec des plantes on sauve mais on s’empoisonne aussi. On les trouve dans des lieux préservés, on pourrait même dire “sauvages”, dans les jardins créoles et aussi près des maisons ou cas où. La particularité de ces plantes médicinales induit une manipulation singulière. Au marché, seule la vendeuse les touche.

L’usage de ces dernières est aussi vieux que le monde est monde. C’est une trousse médicale mise gratuitement à notre disposition. Dans nos îles, les contributions des civilisations successives ont enrichi les connaissances relatives à cette pratique. Combien ont encore en mémoire le nom de deux ou trois plantes à prendre lors d’un rhume, d’un problème de peau, les bains de feuilles donnés aux bébés, etc?

Il est à noter qu’à partir du moment où la chimie est intervenue dans la préparation des remèdes, des changements de comportement se sont opérés. La méfiance envers les rimèd razié s’installa petit à petit. Beaucoup se sont rapprochés du chimique, sortis des grandes enseignes pharmaceutiques, prescrits par les docteurs. Des docteurs issus d’universités de renom, coupés pour la plupart de cette pratique alternative. D’autres facteurs participèrent toutefois à la non transmission de ce savoir aux générations suivantes. La volonté de garder quasi secrète la connaissance des plantes, l’exode qu’il soit de ruralité ou d’expatriation, la modernisation du style de vie, n’y sont pas étrangères. On en est venu du coup, à oublier l’existence  nos “maladies culturelles” comme les nomme E. Vilayleck; celles qui échappent à la médecine officielle. A travers sa recherche sur le blès, très intéressante au passage, parue dans Bulletin de la société de pathologie exotique, daté de 1996,il est possible d’en faire ce triste constat.

 





Néanmoins, grâce à la persévérance des inconditionnels des plantes, ce patrimoine a survécu. Aujourd’hui la volonté de se soigner le plus naturellement possible devient une priorité. En effet, il est difficile d’accepter que ce qui est supposé soigner un mal puisse en donner d’autres. De fait, certaines personnes cumulent les remèdes modernes et les rimèd razié. D’autres, redoutant le pharmaceutique à cause de leurs effets secondaires et de tous les scandales dont ils furent l’objet, s’en détournent, en privilégiant les plantes locales. 

On constate un retour en force du rimèd razié depuis quelques années. De plus en plus on les voit occuper le devant de la scène. Des livres, des émissions et des actions menées par des adeptes de la naturopathie, nous informent de l’importance que nous devrions porter à notre patrimoine naturel. 

Il est bon de savoir que 110 plantes de Martinique figurent dans la pharmacopée française. 46 plantes ont été inscrites il y a peu (entre 2005 et 2013). Nous défrichons au profit de grandes maisons, d’immeubles à ne savoir qu’en faire ou juste par ignorance. Quand tout aura disparu et que nous en aurons besoin vers qui nous tournerons nous? Si on ne prend pas soin de nous qui le fera?